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Cadre de vie et décoration

Comment les quartiers d’Arras se distinguent-ils les uns des autres ?

Par Blog Arras 13 min de lecture

Carte schématique des quartiers d’Arras autour du centre

Parler des quartiers d’Arras suppose de savoir de quoi l’on parle : d’un territoire vécu, avec ses habitudes et ses repères, ou d’un périmètre tracé sur une carte par une administration. Cet article explique ce qui donne à chaque secteur sa physionomie, l’époque de son bâti, sa desserte, ses équipements, sa distance aux places et à la gare, puis ce que recouvre la notion de quartier prioritaire de la politique de la ville. Il ne propose ni classement, ni palmarès, ni indication de prix, et ne nomme que les quartiers attestés par une source publique. Les intitulés officiels de la géographie prioritaire, eux, sont cités tels que l’État les écrit.

Ce qui façonne la personnalité d’un quartier arrageois

Un quartier n’est pas une catégorie juridique. Aucun texte ne dit où il commence ni où il s’arrête, et c’est pourquoi deux Arrageois tracent rarement les mêmes limites sous un même nom. Ce qui distingue un secteur d’un autre tient à quelques couches superposées : l’époque à laquelle il a été bâti, sa desserte, les équipements qui l’ancrent, sa densité, sa distance aux places et son contact avec les communes voisines. Sur 11,63 km², la commune compte 42 875 habitants (INSEE, population municipale 2023), soit environ 3 686 habitants au kilomètre carré si l’on rapporte simplement l’un à l’autre. Ces couches forment le fil conducteur du cadre de vie arrageois et de sa lecture quartier par quartier.

L’époque du bâti, première signature d’un quartier

Le premier indice se lit en levant les yeux. Une rue construite d’un seul tenant présente des gabarits proches, un alignement continu, des matériaux comparables ; une rue formée par sédimentation en montre les variations. À Arras, cette lecture est particulière, parce que la ville a été ravagée pendant la Première Guerre mondiale puis relevée : les places ont été restaurées à l’identique entre 1919 et 1934, sous la direction de l’architecte Pierre Paquet. Le parc de logements en garde la trace. Au recensement de 2015, l’INSEE ne comptait que 7,9 % de résidences principales achevées avant 1919, contre 37,7 % construites entre 1946 et 1970. Autrement dit, l’essentiel de ce qui paraît ancien relève de l’entre-deux-guerres, et une large part du logement appartient aux décennies suivant la Seconde Guerre mondiale.

La desserte, les axes et les coupures

Une voie ferrée, une autoroute ou une rivière ne se contentent pas de relier : elles séparent. La gare d’Arras se trouve sur la ligne de Paris-Nord à Lille, au point kilométrique 192,127, et forme un point de bifurcation vers la ligne d’Arras à Dunkerque-Locale et vers celle d’Arras à Saint-Pol-sur-Ternoise. Plusieurs faisceaux ferroviaires traversent donc le territoire communal, et chacun impose ses ponts et ses détours. S’y ajoutent l’A1, l’A26 et la Scarpe, au bord de laquelle s’est installée Cité Nature. La gare a compté 4 454 183 voyageurs en 2023 (données SNCF), avec Paris-Nord à environ cinquante minutes en TGV et Lille-Europe à une vingtaine de minutes en TERGV : cette proximité ferroviaire pèse sur la façon d’habiter les secteurs voisins.

Les équipements, centres de gravité du quotidien

Un quartier se reconnaît aussi à ce qu’il attire. Le réseau de lecture publique l’illustre bien : le Réseau M associe, à Arras, la médiathèque de l’Abbaye Saint-Vaast, la médiathèque Verlaine et la bibliothèque-ludothèque Ronville, mais aussi des équipements situés à Saint-Laurent-Blangy, Achicourt et Beaurains, trois des neuf communes limitrophes. Le pôle universitaire, 9 rue du Temple, accueille plus de 4 000 étudiants, avec une bibliothèque universitaire, un restaurant universitaire et quatre résidences gérées par le CROUS : un tel ensemble fabrique un rythme propre, calé sur les horaires de cours. Le stade Degouve, Cité Nature boulevard Schuman ou les marchés des mercredis et samedis matin jouent le même rôle d’aimant quotidien.

Du centre reconstruit aux faubourgs, la géographie d’une commune compacte

Moins de douze kilomètres carrés, cela se traverse. Cette compacité explique que l’on passe vite du cœur protégé, où chaque façade obéit à une règle, à des tissus plus lâches où la maison individuelle reprend sa place : au recensement de 2015, l’INSEE dénombrait 22 866 logements, dont 34,5 % de maisons et 65,0 % d’appartements. Cette bascule se voit dans les hauteurs, dans la profondeur des parcelles et dans le rapport à la rue, la brique restant le matériau courant du nord de la France, ce qui pose des questions concrètes dès qu’il s’agit de décorer un intérieur dans une maison de brique. D’un secteur à l’autre, la présence ou l’absence de jardin change tout à l’usage.

Le centre reconstruit et ses règles de façade

Le centre se distingue d’abord par un régime de règles. Les places forment un ensemble de 155 maisons portées par 345 piliers d’arcades, dont les façades visibles sont issues de la reconstruction menée après 1918. La liste des monuments historiques recense 51 immeubles classés sur la Grand-Place et 44 sur la place des Héros, protégés pour l’essentiel entre 1919 et 1921. S’y ajoute le site patrimonial remarquable, issu d’une aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine, créé le 20 juin 2019 (ministère de la Culture, base Mérimée, notice SPR3200025). Tous les travaux modifiant l’aspect extérieur y sont soumis à autorisation préalable et à l’accord de l’architecte des Bâtiments de France, un avis conforme sans lequel rien ne se délivre. Habiter là, c’est habiter un quartier où le remplacement d’une menuiserie devient une question administrative.

Les noms de quartiers attestés et ce qu’ils disent

Nommer un quartier arrageois demande de la prudence : la ville ne publie pas de liste officielle consultable, et les sources documentaires ne se recoupent pas toutes. Les noms attestés par une source sont Méaulens, souvent cité en association avec Saint-Géry, ainsi que Basse-Ville, Baudimont et La Madeleine. S’y ajoute Ronville, confirmé par la bibliothèque-ludothèque du même nom. Les sources consultées n’en livrent pas l’étymologie, et il serait imprudent de l’inventer. Ce que l’on peut dire, en revanche, c’est qu’un nom de quartier survit presque toujours à ce qui l’a produit : on l’emploie longtemps après la disparition de la paroisse, du faubourg ou du lieu-dit auquel il renvoyait. C’est aussi pour cela que ces noms flottent, chacun plaçant la limite là où ses habitudes la placent.

La gare et la citadelle, deux secteurs nés d’une infrastructure

Deux ensembles arrageois doivent leur forme à un équipement qui les précède. Le premier est le quartier de la gare, que la Communauté urbaine d’Arras affiche parmi ses projets de requalification. Son bâti raconte une histoire mouvementée : baraque provisoire en bois en 1846, édifice de 1898 inspiré des gares de Roubaix et Tourcoing, endommagé en 1915 puis détruit en 1942, la gare actuelle datant des années 1950. Le second est la citadelle, bâtie par Vauban entre 1668 et 1672 selon un plan en pentagone à cinq fronts et cinq bastions. Elle couvre environ 15 hectares intra-muros, au sein d’un site de reconversion de 72 hectares qui abrite le siège de la Communauté urbaine, des logements et des entreprises, et accueille chaque été le Main Square Festival. Ces facteurs de différenciation se résument en quelques lignes.

Facteur de différenciationCe qu’il produit dans le paysage urbain
Époque de construction du bâtiGabarits, alignements et matériaux homogènes sur des rues entières
Proximité des voies ferréesCoupures franchissables en peu de points, bâti d’après-guerre
Statut patrimonial du secteurAutorisation préalable et accord de l’architecte des Bâtiments de France
Équipement structurantFlux réguliers, commerces de proximité, rythmes calés sur des horaires
Distance aux places du centrePart des déplacements à pied, intensité de la vie commerçante
Contact avec une commune limitropheContinuité de rues et d’usages sans frontière visible

Les quartiers prioritaires, un périmètre tracé par l’État

Un quartier se raconte volontiers par son ambiance, ses commerces et son marché, parfois par ce que l’on y mange, et il est d’ailleurs possible de remonter l’origine des spécialités arrageoises pour comprendre ce qui s’y vend. L’action publique, elle, a besoin d’un critère mesurable et opposable. C’est le rôle de la géographie prioritaire de la politique de la ville : elle ne décrit pas une identité, elle délimite des territoires où l’État et les collectivités concentrent des moyens. Confondre les deux registres nourrit des malentendus tenaces, en particulier lorsqu’un nom de quartier vécu se retrouve tel quel dans l’intitulé administratif d’un périmètre qui ne recouvre pas la même chose.

Ce qu’est un quartier prioritaire et comment son périmètre est défini

Un quartier prioritaire de la politique de la ville, abrégé en QPV, est un périmètre arrêté au niveau national, et non choisi par la commune. Le principe s’énonce simplement : l’État repère, à partir du revenu des habitants, des zones où la concentration de bas revenus est nettement plus forte qu’ailleurs, puis y porte des moyens contractualisés avec les collectivités. Deux conséquences méritent d’être comprises. La première est que le tracé suit la donnée, non les limites administratives ni le sentiment d’appartenance : il peut couper une rue ou ne retenir qu’un fragment de ce que l’usage désigne sous un nom. La seconde est que ce tracé est révisable, chaque génération de géographie prioritaire redéfinissant les périmètres et leurs codes. La source consultée ne détaille pas la méthode appliquée à Arras.

Quatre périmètres à Arras, et une géographie qui a changé

Le système d’information géographique de la politique de la ville, publié par l’Agence nationale de la cohésion des territoires, recense pour Arras quatre quartiers prioritaires au titre de la géographie 2024-2030 : « Cheminots Jean Jaurès Moulin Hacart », « Quartier Blancs Monts - Hochettes », « Quartier Bonnettes - St Pol - Baudimont » et « Saint Michel Goudemand ». La génération précédente, celle de 2015-2023, n’en comptait que trois : « Arras Ouest », « Cheminots Jean Jaurès Moulin Hacart » et « Saint Michel Goudemand ». Les codes d’identification eux-mêmes ont changé. La carte schématique ci-dessous replace les noms cités dans cet article et distingue ceux qui relèvent d’un intitulé officiel de ceux qui relèvent de l’usage.

le centreMéaulensSaint-GéryRonvilleBaudimontLa MadeleineTrois découpages qui ne se superposent pasLe quartier vécucelui dont les habitants donnent le nom,sans limite officielleLe découpage administratifcelui des cantons et des bureaux de vote,fixé par l’ÉtatLe quartier prioritaireun périmètre arrêté sur un critère derevenu, révisable10 402 habitants en quartier prioritaire,soit 24,6 % de la population municipale (ANCT, 2024).
Trois manières de découper la même ville. Carte de principe, sans géométrie réelle : les positions indiquent des directions par rapport au centre, elles ne tracent aucune limite. Le chiffre des quartiers prioritaires provient du SIG Politique de la ville de l’ANCT.

Ce que la carte montre d’abord, c’est que les intitulés officiels agrègent plusieurs toponymes. Un seul périmètre porte trois noms là où l’usage distingue trois quartiers, et un intitulé reconduit d’une génération à l’autre ne recouvre pas nécessairement le même tracé. Le mot « Cheminots » rappelle au passage combien le rail a structuré cette partie de la ville, et « Baudimont » figure à la fois parmi les noms des sources documentaires et dans un intitulé administratif composite. La disparition de l’intitulé « Arras Ouest » entre les deux générations n’indique évidemment pas la disparition d’un quartier : elle traduit une redéfinition des périmètres. C’est le piège à éviter lorsqu’on lit une carte administrative comme une carte d’identité urbaine.

Ce que la part de population concernée dit d’une ville-centre

Selon la même source, 10 402 Arrageois résidaient en quartier prioritaire, soit 24,6 % de la population municipale (SIG Politique de la ville, ANCT, donnée 2024). Ce chiffre se lit sans jugement. Il décrit un trait structurel des villes-centres : elles concentrent le parc locatif, les services et les hébergements qui desservent un bassin bien plus large qu’elles. Le gradient apparaît dans les données INSEE de 2023, à condition de ne pas mélanger les périmètres : le taux de pauvreté s’établit à 19,0 % pour l’unité urbaine et à 16,5 % pour la Communauté urbaine, le chômage à 13,1 % contre 11,7 %. Plus le périmètre s’étend vers la périphérie, plus les indicateurs se redressent. La valeur équivalente pour la seule commune n’a pas pu être établie : mieux vaut le dire que l’extrapoler.

Quartier vécu et découpage statistique, deux cartes qui ne se superposent pas

Il existe au moins deux manières de dire « quartier », et elles ne coïncident presque jamais. La première est vécue : elle repose sur des trajets, des habitudes, des seuils que l’on franchit sans y penser. La seconde est construite : elle sert à compter, à comparer, à financer, et suppose des limites nettes, stables et documentées. Aucune des deux n’est fausse, mais elles répondent à des questions différentes. Les confondre produit des affirmations bancales, du type « tel quartier compte tant d’habitants », alors que le chiffre provient d’un périmètre construit qui ne correspond ni à ce que le lecteur a en tête, ni à ce que son voisin désignerait par ce nom.

Le quartier vécu se définit par les usages

Demandez à trois personnes de tracer les limites de leur quartier : vous obtiendrez trois contours différents, et tous seront défendables. Le quartier vécu se construit par la pratique, l’école où l’on dépose les enfants, l’arrêt que l’on prend, le commerce où l’on va sans réfléchir, l’itinéraire vers les places. Il est asymétrique, parce que l’on connaît mieux le côté vers lequel on se dirige chaque jour que celui que l’on ne traverse jamais. Il est élastique dans le temps : un déménagement de quelques rues, un changement d’horaires, et le contour se déplace. Il déborde enfin les limites communales, comme le montre un réseau de lecture publique qui associe des équipements arrageois et d’autres implantés dans des communes limitrophes.

Les découpages officiels obéissent à d’autres logiques

En face, plusieurs découpages coexistent sur le même sol, chacun avec sa finalité. Le territoire communal se répartit sur trois cantons, Arras-1, Arras-2 et Arras-3, qui relèvent d’une logique électorale et ne disent rien de l’appartenance. L’INSEE, de son côté, découpe les communes d’une certaine taille en mailles infracommunales, les IRIS, conçues pour produire des statistiques comparables dans le temps. La géographie prioritaire trace ses propres contours à partir du revenu. Les servitudes patrimoniales en dessinent d’autres encore, avec le site patrimonial remarquable et les périmètres d’abords de monuments historiques, la commune comptant environ 170 éléments protégés. L’urbanisme réglementaire enfin, porté par la Communauté urbaine d’Arras à travers le plan local d’urbanisme intercommunal, superpose ses zones. Aucune de ces cartes ne se déduit d’une autre.

Attention : trois périmètres statistiques coexistent et ne se remplacent pas. La commune d’Arras compte 42 875 habitants, l’unité urbaine 88 911 et la Communauté urbaine d’Arras 109 884 (INSEE, 2023).

Comment lire une donnée présentée par quartier

Trois questions suffisent à sécuriser une lecture. De quel périmètre parle-t-on exactement, et sous quel intitulé officiel ? De quelle année date-t-elle, sachant qu’un chiffre de recensement et un chiffre de géographie prioritaire sont rarement du même millésime ? Qui l’a produite, enfin : une administration, ou un site qui recopie sans citer ? Ici, les données de logement proviennent du recensement de 2015, celles de population du millésime 2023 et celles des quartiers prioritaires de 2024, soit trois horizons distincts qu’il vaut mieux afficher que fondre en une phrase unique. La même exigence vaut pour les noms : écrire « Baudimont » ou écrire « Quartier Bonnettes - St Pol - Baudimont » ne renvoie pas au même objet, même si le mot est identique.

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