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Cadre de vie et décoration

Comment rénove-t-on un logement de la reconstruction à Arras ?

Par Blog Arras 13 min de lecture

Échafaudage sur une façade arrageoise de la reconstruction en rénovation

Rénover un logement de la reconstruction n’a pas grand-chose à voir avec la rénovation d’un pavillon récent. Le centre d’Arras a été relevé après 1918, et l’essentiel de ce qui borde les rues du cœur de ville date de l’entre-deux-guerres, avec les techniques, les matériaux et les habitudes constructives de cette période. Cet article explique ce que ce bâti a de particulier pour qui l’habite ou le transforme : sa structure, ses planchers, ses menuiseries, sa manière de respirer, et les arbitrages qu’impose l’impossibilité de toucher librement à l’aspect extérieur. Il ne donne ni prix, ni performance chiffrée, ni recette toute faite : cela dépend de chaque immeuble et se décide sur place, avec des professionnels.

Ce que la reconstruction a déposé dans le bâti arrageois

La ville a été ravagée pendant la Première Guerre mondiale, au point que les sources parlent de trois quarts de la cité à reconstruire. Ce qui a suivi n’est pas une restauration ponctuelle mais une campagne longue : les places ont été relevées entre 1919 et 1934 sous la direction de Pierre Paquet, et le reste du centre s’est rebâti dans le même intervalle. Un habitant d’aujourd’hui qui pousse la porte d’un immeuble du cœur de ville a donc de fortes chances de se trouver dans un bâtiment de l’entre-deux-guerres, même quand la façade évoque un siècle antérieur. Cette particularité irrigue tous les sujets d’habitat traités dans la rubrique cadre de vie et décoration à Arras, et elle change la manière de conduire un chantier.

Un centre relevé entre les deux guerres

Le repère le plus parlant vient du parc lui-même : en 2015, les logements achevés avant 1919 ne représentaient que 7,9 % des résidences principales d’Arras (INSEE). Autrement dit, le bâti réellement ancien est minoritaire dans une ville que l’on décrit pourtant volontiers comme historique. La masse du centre est postérieure au conflit, et une autre part importante du parc, 37,7 % des résidences principales à la même date, a été construite entre 1946 et 1970. Ces deux chiffres situent le problème : quand on rénove à Arras, on travaille rarement sur du bâti médiéval ou classique, mais le plus souvent sur des ouvrages de l’entre-deux-guerres ou de l’après Seconde Guerre mondiale, deux familles techniques qu’il serait imprudent de confondre.

Des façades tenues, des intérieurs laissés plus libres

La reconstruction des places a suivi une règle simple : les façades extérieures ont été préservées dans leur dessin, tandis que les intérieurs ont été traités bien plus librement, faute de relevés précis de ce qui existait avant 1914. Cette dissymétrie explique une bonne partie de ce que découvre un propriétaire aujourd’hui. Derrière un pignon à volutes ou une arcade fidèle au XVIIe siècle, on trouve des dispositions de pièces, des hauteurs et parfois des matériaux qui appartiennent pleinement aux années 1920. Le beffroi lui-même a été rebâti avec une structure en béton armé. Il ne faut donc pas s’attendre à une cohérence d’époque entre ce que montre la rue et ce que révèle le chantier : les deux racontent des histoires différentes, et seule la première est protégée dans son apparence.

Reconnaître un logement de la reconstruction

Depuis le trottoir, quelques indices orientent le diagnostic sans jamais le remplacer. Une modénature qui se répète d’un immeuble à l’autre, des percements alignés, des ferronneries géométriques, des encadrements de baies traités en série signalent une campagne de reconstruction plutôt qu’une accumulation de siècles. À l’intérieur, la cage d’escalier est souvent le meilleur témoin : son gabarit, son garde-corps et son revêtement ont rarement été refaits, quand les appartements ont pu changer trois fois de visage. Ces observations ne dispensent pas d’une visite technique, car un immeuble a pu être surélevé, recomposé ou réuni à son voisin. Elles servent surtout à poser la bonne question avant d’acheter ou d’engager des travaux : de quelle période relève réellement ce que l’on s’apprête à toucher ?

La structure et les matériaux d’un logement de la reconstruction

Une fois la période identifiée, le sujet devient technique. Arras est une ville d’appartements et de locataires : en 2015, l’INSEE y comptait 65 % d’appartements, et 65,4 % des résidences principales étaient occupées par des locataires. Une grande partie des rénovations s’y déroule donc dans des immeubles collectifs, avec des murs mitoyens, des planchers partagés et des décisions qui n’appartiennent pas à un seul occupant. Ce contexte, détaillé dans l’article consacré au parc de logements arrageois, pèse autant que la technique elle-même sur le déroulement d’un chantier. Avant de choisir une solution, il faut donc savoir précisément ce que l’on a sous la main : des murs qui portent, des planchers qui travaillent et des matériaux qui échangent en permanence de l’humidité avec l’air ambiant.

Des murs qui portent et qui échangent de la vapeur

Le bâti de cette période repose en général sur des murs de maçonnerie porteuse, montés en brique ou en moellon, hourdés au mortier et recouverts d’enduits qui ne sont pas de simples finitions. Ces enduits, souvent à base de chaux ou de plâtre, participent à la régulation de l’humidité : ils absorbent la vapeur d’eau quand l’air est chargé et la restituent quand il s’assèche. On parle de perspirance pour désigner cette aptitude d’une paroi à laisser transiter la vapeur sans se dégrader. Le sous-sol arrageois, creusé dans la craie et parcouru par les boves, rappelle que l’eau circule aussi par le bas. Une intervention qui rend un mur étanche sur une seule face déplace le problème plus souvent qu’elle ne le règle.

Planchers bois et distribution des pièces

Les planchers de cette époque sont fréquemment des planchers bois : des solives posées d’un mur porteur à l’autre, un platelage cloué, parfois un remplissage entre les bois et un plafond en plâtre sur lattis. Ils sont souples, travaillent avec les saisons et transmettent les bruits d’impact. La distribution suit une logique de couloir desservant des pièces closes, avec des volumes plus hauts qu’aujourd’hui, les pièces de réception sur la rue et les pièces de service côté cour. Ouvrir cette distribution est le premier réflexe des projets d’aujourd’hui, et c’est aussi celui qui touche le plus vite à la stabilité de l’ensemble. Le tableau ci-dessous met en regard les éléments d’origine les plus courants et le point de vigilance qui leur correspond.

Élément d’origine fréquentCe qu’il faut vérifier avant d’y toucher
Murs de maçonnerie enduitsQue le futur revêtement laisse encore la paroi sécher vers l’intérieur
Planchers bois sur solivesLes appuis dans le mur et les sections avant d’ouvrir une cloison ou de charger un sol
Cloisons en plâtre sur lattisLa différence entre une cloison de distribution et un refend qui participe à la stabilité
Menuiseries en bois d’origineCe qui relève de la réparation, l’aspect extérieur n’étant pas à libre disposition
Cheminées et conduits maçonnésL’état et l’usage du conduit avant de le condamner ou de le remettre en service
Renouvellement d’air par les défauts d’étanchéitéPar quoi il sera remplacé une fois le logement rendu étanche

Les menuiseries posent le dilemme le plus fréquent. Une fenêtre bois ancienne, avec sa crémone, ses petits bois et son imposte, participe au dessin de la façade, donc à l’aspect extérieur de l’immeuble, qui n’est pas à la libre disposition du propriétaire dans le centre d’Arras. Elle est souvent réparable : reprise des assemblages, remplacement des pièces abîmées, étanchéité reprise au niveau des feuillures, vitrage adapté ou seconde fenêtre posée en retrait. Elle joue par ailleurs un rôle discret mais réel dans le renouvellement de l’air : dans ce type de bâti, l’air se renouvelle largement par les défauts d’étanchéité, les conduits et les cheminées, sans dispositif mécanique. Supprimer ces chemins sans en organiser d’autres transforme un logement inconfortable en logement humide.

Les arbitrages d’isolation dans un bâti de l’entre-deux-guerres

La contrainte majeure tient en une phrase : dans le centre, on ne dispose pas librement de l’extérieur. Cette idée n’a rien d’administratif à l’origine, elle est née avec la reconstruction elle-même. L’abbaye Saint-Vaast, détruite pendant la Première Guerre mondiale puis restaurée à l’identique, abrite aujourd’hui les collections du musée des Beaux-Arts d’Arras, et le principe qui a présidé à sa remise en état, une enveloppe fidèle et un intérieur remis au goût de son temps, s’est appliqué du monument le plus visible au logement le plus ordinaire. Pour la rénovation thermique, la conséquence est directe : quand l’aspect extérieur ne peut pas être modifié, l’isolation se joue par l’intérieur, et cet exercice obéit à ses propres règles.

Pourquoi l’isolation se joue le plus souvent par l’intérieur

Isoler par l’extérieur revient à envelopper le bâtiment d’un manteau continu et à laisser la maçonnerie du côté chaud, ce qui est techniquement confortable. Cette solution modifie en revanche l’épaisseur apparente des murs, le dessin des tableaux de fenêtres, les corniches, les bandeaux et la teinte de la façade, tout ce qui fait l’identité d’une rue reconstruite. Dans un centre où l’aspect extérieur est encadré, elle est rarement envisageable telle quelle sur une façade sur rue. Reste l’isolation par l’intérieur, qui a l’avantage de se décider logement par logement et l’inconvénient de laisser la maçonnerie du côté froid. Ce simple déplacement change tout le raisonnement, parce qu’il modifie l’endroit où la vapeur d’eau contenue dans l’air intérieur risque de se condenser dans l’épaisseur de la paroi.

Point de rosée et perspirance, la logique à comprendre

L’air d’un logement contient toujours de la vapeur d’eau, produite par la respiration, la cuisine, la douche et le linge qui sèche. Cette vapeur migre lentement vers l’extérieur à travers les parois. Quand elle rencontre une surface assez froide, elle se condense : c’est le point de rosée. Tant que la maçonnerie reste du côté chaud, ce point se situe dans une zone qui demeure sèche. En ajoutant un isolant à l’intérieur, on refroidit le mur d’origine, et le point de rosée se rapproche de l’interface entre l’isolant et la maçonnerie. Si la vapeur y parvient sans pouvoir repartir, elle s’accumule. La réponse tient en deux idées : maîtriser ce qui entre dans la paroi, au moyen d’un frein-vapeur continu, et lui laisser un moyen de sécher, en évitant de la rendre étanche des deux côtés.

Ce que l’isolation intérieure coûte en volume et en décor

L’arbitrage suivant est géométrique. Ces logements offrent souvent des hauteurs sous plafond généreuses et des décors rapportés, moulures, corniches, rosaces, plinthes hautes, encadrements de portes. Un doublage intérieur prend de la surface au sol, épaissit les tableaux de fenêtres, remonte les allèges et interrompt ces reliefs à la jonction du mur et du plafond. Il faut donc décider pièce par pièce ce qui se traite et ce qui se préserve, quitte à isoler un pignon exposé et à laisser un refend intérieur tel quel. Les points singuliers comptent autant que les surfaces courantes : jonctions avec les planchers, tableaux de baies, coffres de volets, refends qui traversent l’isolant. Le schéma ci-dessous replace ces points de vigilance sur une coupe d’un logement type de la reconstruction.

la toiture et ses eauxles menuiseries d’origineles planchers boisles remontées d’humiditéUn bâti d’entre-deux-guerres respire :l’isoler sans le comprendre le dégrade.Remplacer n’est pas toujours la bonneréponse, réparer l’est souvent.L’aspect extérieur relève du contrôlepatrimonial, l’intérieur non.Se renseigner avant de commander,jamais après.
Où regarder avant de rénover. Coupe de principe. Chaque immeuble a sa propre histoire de travaux : ce schéma indique où regarder, il ne remplace ni un diagnostic ni l’avis d’un professionnel.

Ce que la coupe rend visible, c’est que les difficultés se concentrent aux endroits où les éléments se rencontrent, rarement au milieu d’une paroi. Un pied de mur en contact avec un sol humide, un about de solive engagé dans la maçonnerie, un angle de pignon, un raccord entre l’isolant et une menuiserie : ce sont ces zones qui décident du résultat, bien avant le choix du matériau isolant. Le schéma montre aussi que le logement fonctionne comme un système. La façade, les planchers, les conduits, la toiture et le sous-sol échangent en permanence de l’air et de l’humidité, si bien qu’une intervention pensée sur une seule paroi produit souvent un désordre ailleurs, quelques saisons plus tard.

La méthode à suivre avant d’ouvrir un chantier de rénovation

Un chantier de rénovation dans le centre d’Arras commence donc rarement par le choix d’un isolant. Il commence par deux questions : ce que le droit permet de modifier à l’extérieur, et ce que le bâtiment révèle de son état réel. Les deux se posent avant le devis, jamais après. La première relève des règles de protection du patrimoine, très présentes dans une ville qui compte environ cent soixante-dix éléments protégés au titre des monuments historiques et dont une large part du centre est couverte par leurs périmètres. La seconde relève du diagnostic : humidité, structure, réseaux, renouvellement de l’air. Un projet cohérent naît de la rencontre entre ces deux réalités, et non de la seule envie de gagner en confort thermique.

Le site patrimonial remarquable encadre l’aspect extérieur

Depuis la loi du 7 juillet 2016, la catégorie juridique en vigueur s’appelle site patrimonial remarquable : l’expression secteur sauvegardé n’a plus d’existence légale. Arras dispose d’un tel site, issu d’une aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine, créée le 20 juin 2019. Dans ce périmètre, tous les travaux susceptibles de modifier les parties extérieures d’un immeuble, les cours et les jardins, ou les éléments d’architecture et de décoration, sont soumis à autorisation préalable. Celle-ci dépend de l’accord de l’architecte des Bâtiments de France, donné sous la forme d’un avis conforme : sans cet accord, elle ne peut pas être délivrée. S’y ajoute le régime des abords des monuments historiques, au contrôle comparable. La règle pratique est simple : se renseigner auprès de la commune avant de dessiner un projet.

Diagnostiquer l’humidité avant de choisir un isolant

Le diagnostic d’humidité mérite d’être conduit en premier, parce qu’un mur humide que l’on isole reste un mur humide, en moins ventilé. Les causes se distinguent par leurs signes. Les remontées capillaires se lisent en bas des murs, sous forme d’une bande horizontale assez régulière, parfois accompagnée de dépôts de sels. Les infiltrations viennent d’un défaut ponctuel, gouttière, couverture, joint, appui de fenêtre, et se manifestent après la pluie. La condensation se dépose sur les surfaces froides et se concentre dans les pièces qui produisent de la vapeur. Une même façade peut cumuler les trois. Les distinguer conditionne la réponse, car assécher un pied de mur, réparer une descente d’eau et organiser le renouvellement de l’air ne sont pas le même chantier.

Ordonner les travaux dans le bon sens

La séquence des opérations est le dernier arbitrage, et souvent le plus rentable. Traiter d’abord ce qui protège de l’eau, couverture, descentes, appuis et seuils, puis la structure et les planchers, puis les réseaux, enfin l’isolation et les finitions : cet ordre évite de refaire deux fois le même ouvrage. La ventilation se pense en même temps que l’isolation, car ce sont les deux faces d’un même équilibre. En copropriété, une partie de ces décisions appartient à l’assemblée, ce qui suppose d’anticiper le calendrier collectif avant de planifier ses propres travaux. Il est enfin plus prudent de commencer par une pièce et d’observer le comportement du bâtiment sur un cycle complet de saisons, dans un bâti dont l’équilibre se découvre à l’usage.

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